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L'ANATOMIE DE LA MÉLANCOLIE, livre de Robert Burton

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2.  Du bonheur de connaître les causes du malheur

Précédé d'un long et ironique Prologue, apostrophant le « lecteur fâcheusement oisif », l'ouvrage s'articule en trois parties. La première traite de l'excellence et de la faiblesse de l'homme, retenant, pour expliquer l'une et l'autre, des causes aussi diverses que Dieu, l'alimentation, la peur, l'éducation. La deuxième examine les traitements, et souligne, entre autres, l'importance du régime alimentaire, de l'air, de la musique, des médicaments. La troisième, consacrée à la mélancolie amoureuse, avec des considérations sur la jalousie, n'exclut ni le sens philanthropique ni le souci de s'attacher à un Dieu.

L'ordre rigoureux qui préside à l'exposé de Burton s'enrichit d'une telle profusion de connaissances et d'une telle diversité d'opinions qu'il ne laisse pas de s'apparenter à un jeu de miroirs, où les connaissances se répercutent en reflets constants et abandonnent le lecteur à l'étrange sensation que son savoir est tout à la fois vain et essentiel.

L'ouvrage de Burton pourrait passer à bon droit, si l'on ôte au mot sa connotation péjorative, pour un répertoire des subterfuges. Il faut que le savoir se suffise à lui-même et soit son propre point de fuite pour nous aider à tolérer l'intolérable sentiment que nous ne pouvons rien contre un mal qui nous dévore, parce qu'il est un malaise ontologique.

L'opinion qui suggère que Montaigne fut une tête bien faite et Burton une tête bien pleine est plus venimeuse que vraie. Leur différence réside plutôt en ce que l'auteur des Essais est en quête d'un art de vivre quand l'analyste de la mélancolie cherche à exorciser la mort par la vivacité culturelle.

Burton est un guide incomparable dans un labyrinthe d'érudition dont il excelle à éclairer les recoins les plus obscurs et les plus mal connus. Nulle cuistrerie chez cet homme grave, qui a fait de l'humour et de la perspicacité son mode d'existence et dont la lecture séduit par sa modernité. Citant Scaliger : « Chez nous en France, tous les hommes sont libres d'écrire mais peu en sont capables », il ajoute ces lignes que ne démentiraient pas nos contemporains : « Les sciences les plus nobles sont salies par des pisse-copie vils et sans culture qui écrivent par vaine gloire, par nécessité, pour obtenir de l'argent ou pour flatter et enjôler quelque grand homme qu'ils parasitent. »

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