2. Monnaie et plus-value
La production capitaliste a un coût, le capital engagé, qui alimente une partie de la demande : d'une part, la dépense en capital constant nourrit la demande de moyens de production ; d'autre part, la dépense en capital variable, c'est-à-dire l'achat de la force de travail, fournit au salarié le moyen d'acquérir des biens de consommation. L'excès de la valeur de la production sur son coût définit la plus-value. Mais d'où vient la demande solvable qui permet au capitaliste de réaliser cette plus-value si elle ne provient ni de la dépense engagée par les capitalistes, ni de la dépense des salariés ou des fonctionnaires ? Nécessairement du secteur non capitaliste, de la paysannerie, des colonies.
Pour étayer sa thèse, Rosa Luxemburg reprend les schémas de reproduction de Marx. Dans un premier temps, elle se place, comme Marx, dans la triple hypothèse où seules les marchandises circulent (pas de monnaie), où les capitalistes investissent la moitié de la plus-value et où la composition organique du capital (rapport entre capital constant et capital variable) est fixe. Dans ces conditions, elle montre que l'offre est égale à la demande pour les deux types de biens ; l'accumulation semble ne pas connaître de limite. Elle envisage ensuite que les capitalistes choisissent des techniques de production plus intensives en capital constant pour accroître le taux de plus-value. Elle montre alors qu'un déficit de moyens de production apparaît et que les biens de consommation sont invendables pour un même montant : ils ne peuvent être utilisés comme biens d'investissement, la plus-value incorporée dans ces biens de consommation ne peut être investie en nature. Pour être investie, cette plus-value doit préalablement être réalisée en monnaie. Les biens de consommation en question doivent donc être échangés avec un extérieur (à l'économie capitaliste).
Le raisonnement vise à mettre en évidence, dans le cadre du modèle de troc de Marx, une caractéristique de la plus-value, qui renvoie à l'économie monétaire. Dans la Critique des critiques, Rosa Luxemburg se défend des critiques d'Otto Bauer notamment. Elle réaffirme la nature monétaire du surplus dans l'économie capitaliste et s'interroge sur l'origine de l'argent qui permet de réaliser la plus-value.
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