4. Une esthétique de la guerre
Palme d'or du festival de Cannes 1980, Kagemusha renoue avec le genre jidai-geki en évoquant les luttes des clans, au xvie siècle, pour la conquête du pouvoir. Mais la triple réflexion proposée à notre attention sur la guerre, le « double » et le pouvoir, demeure toujours actuelle. L'évocation de la guerre – remarquable au plan pictural, tant la composition et les couleurs des séquences rappellent les plus grands peintres de la Renaissance – s'ordonne autour d'un double mouvement de fascination (beauté des casques, des étendards, des tuniques, des chevauchées, alliance de l'art militaire et de l'éthique du bushido et du zen) et de répulsion : avec ses plans d'ensemble des soldats et des chevaux qui n'en finissent pas de mourir, la séquence de la bataille finale suggère avec une force quasi hallucinante l'horreur et la cruauté de tout combat. La métamorphose du paysan, de bandit en kagemusha (« guerrier-ombre ») de Shingen, seigneur du clan Takeda, suit la progression du récit et débouche sur une prodigieuse dernière séquence où, incapable d'exister par lui-même, le double choisit une mort volontaire pour rejoindre l'âme de son maître. Admirable plan final en plongée du corps qui, transpercé d'une lance, croise dans l'eau du fleuve le drapeau-linceul d'un clan à jamais anéanti. Cet anéantissement du clan Takeda suggère, en définitive, que la quête du pouvoir, auquel Shingen avait consacré sa vie entière, et qu'il aurait voulu poursuivre au-delà de sa propre mort, ressemble à une illusion. L'esthétique de la guerre et de la conquête se soumet ici à une éthique de l'éternité.
Inspiré à la fois par Le Roi Lear et par un conte japonais, « L'histoire de Hidetora », Ran (1985) prolonge la réflexion sur le pouvoir en montrant quels liens peuvent se nouer entre celui-ci et la folie. Sentant le poids des ans, las de ses conquêtes antérieures, un vieux chef de clan, Hidetora, transmet l'exercice de l'autorité à ses trois fils. Taro, l'aîné, dirigera l […]
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