2. Une quête de vérité
La Double Vie de Véronique (1991) et Trois Couleurs. Bleu/Blanc/Rouge (1993-1994) comptent parmi les rares réussites de la coproduction européenne qui demeurent authentiquement personnelles. Le premier film explore les liens invisibles entre deux personnalités, l'une française, Véronique, l'autre polonaise, Weronika, qui ne se connaissent pas, se croisent à peine, mais communiquent de façon mystérieuse après la mort de la Polonaise. L'explication psychologique et rationnelle des signes que semble envoyer la disparue à la survivante ne dissipe pas le mystère d'une attirance qui se situe au-delà du naturel, au-delà du corps, dans le jeu des correspondances qui obsèdent longtemps le spectateur. La personnalité d'Irène Jacob dans ce double rôle s'intègre parfaitement à l'œuvre à la fois la plus abstraite de Kieslowski et la plus concrète, où tant la musique que la splendeur des images de l'opérateur Slamowir Idziak se révèlent essentielles.
La trilogie des couleurs entretient avec les principes de la devise révolutionnaire « Liberté, Égalité, Fraternité », des rapports du même type que le Décalogue avec la loi divine. Plus nettement, elle ouvre des perspectives morales et humaines positives. Certes, le réalisateur ne manque pas de jouer de l'antinomie. Interprétée par Juliette Binoche, l'héroïne de l'épisode français, Trois Couleurs Bleu, éprouve le poids du destin et l'absence de liberté à la mort de son mari, avant de trouver une forme de sérénité dans une liberté intérieure pleinement assumée. L'épisode polonais, Trois Couleurs Blanc, décrit des personnages pris dans un réseau de meurtres, de chantage, d'amours déçues, qui débouche pourtant sur une relation conjugale faussement brisée pour en éprouver enfin la solidité, par-delà les barreaux de la prison. Quant à la fraternité, elle est mise à rude épreuve dans l'épisode suisse, où les moyens de communication, du téléphone au ferry-boat, en passant par la télévision, sont pourtant largement présents. « The m […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



