4. L'interprétation du mythe de Kṛṣṇa
Rarement attesté aux temps védiques, Kṛṣṇa est cependant divinisé avant Rāma. De l'association du nom de Vāsudeva, celui de son père selon les Purāṇa, avec le sien propre n'y aurait-il pas lieu de conclure à une assimilation avec un dieu Vāsudeva, objet d'un culte plus ancien ?
N'aurait-il pas hérité aussi des traditions orales, que bien antérieurement à l'ère chrétienne se transmettaient les bergers de Mathurā, avant qu'elles ne soient fixées littérairement ? Elles célébraient un dieu bucolique et végétal qui n'est pas en désaccord avec l'appellation, fréquemment donnée à Kṛṣṇa, de Govinda, « le trouveur de vaches », ou, peut-être, le « gardien de vaches ».
J. Gonda voit en lui « un héros populaire élevé au rang de dieu », « personnage légendaire » qui « prêcha ou réforma une religion » essentiellement monothéiste, « puis reçut lui-même peu à peu les honneurs divins ». Pour S. Radhakrishnan, « en tant qu'individualité, Kṛṣṇa n'est que l'une des millions d'âmes à travers lesquelles l'esprit universel se manifeste... L'avatāra est la démonstration des ressources spirituelles et de la divinité latente qui sont en l'homme, non par la contraction de la majesté divine dans les limites de la créature humaine, mais par l'exaltation de la nature humaine au niveau de la divinité quand elle s'unit avec le divin. »
L'ambassadeur grec Mégasthène, aux environs de 300 avant J.-C., donna sur le culte rendu à Héraklès à Mathurā des détails qui correspondent à la légende krishnaïte, mais dont certains pourraient, selon J. Filliozat, convenir à Śiva.
Au xixe siècle, aux premiers temps de l'indianisme occidental, des analogies étranges entre le krishnaïsme et le christianisme ont été relevées, depuis la naissance de Kṛṣṇa et l'assonance même de son nom avec celui du Christ jusqu'à l'exaltation de l'amour-foi. Elles ont fait penser à des influences occidentales, hypothèse qui semble aujourd'hui abandonnée. Mais les analogies avec le bouddhisme sont telles que, d'après W. Ruben, les motifs principaux de la vie de Buddha et de Kṛṣṇa coïncident.
La popularité de Kṛṣṇa, en répandant sa légende, l'a déformée et même parfois corrompue. Les Jaina l'ont à ce point annexée que, sur soixante-trois de leurs « grands hommes », vingt-sept sont d'origine krishnaïte, et Kṛṣṇa lui-même se trouve naturalisé en un pieux souverain jaina participant aux mêmes aventures.
Héros mythique ou semi-historique, dieu éternellement jeune et toujours souriant, Kṛṣṉa reste le vainqueur du Mal, maintenu vivant par la diversité même de ses aspects.
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