Poète grec, auteur d'une des œuvres les plus singulières de son temps, Karyotakis a exercé une profonde influence sur les poètes majeurs, tels Séféris ou Ritsos, de la « génération de 1930 ». Après avoir mené une vie rangée de fonctionnaire durant une dizaine d'années, condition qu'il a stigmatisée dans plusieurs de ses poèmes, Karyotakis s'est donné la mort à l'âge de trente-trois ans, en laissant une œuvre brève et empreinte d'un pessimisme sans appel : Quelle volonté divine nous gouverne, / quel destin tragique tient le fil / des journées vides qu'à présent nous vivons / comme mûs par une ancienne et funeste habitude ? Pour beaucoup, ces accents désespérés ne font qu'exprimer l'impasse d'une génération qui a assisté, impuissante, à la ruine de ses idéaux et à la « catastrophe » d'Asie Mineure de 1921 ; mais c'est risquer de faire la part trop belle à un romantisme de mauvais aloi, celui-là même qui voudrait voir dans le suicide de Karyotakis l'aboutissement logique, ou la justification suprême, de son attitude poétique. Si, de ses premières manifestations littéraires (La Douleur de l'homme et des choses, 1919) jusqu'au titre de son dernier recueil — Élég […]
