D'origine noble, mais pauvre, Batiouchkov fait des études à Saint-Pétersbourg, se lie avec N. I. Gneditch, le traducteur de l'Iliade, et traduit lui-même Tibulle, Pétrarque, l'Arioste, le Tasse, Parny. Classique dans la forme, par l'abondance des images mythologiques, des références à l'Antiquité, Batiouchkov est sensible à la confidence lyrique, à la rêverie, sans tomber dans les outrances du sentimentalisme ou dans la fantasmagorie. Poète de l'amour, il chante les joies terrestres, la liberté païenne : L'Heure joyeuse (Vesëlyjčas, 1810), La Bacchante (Vakkhanka, 1817). La clarté, la plasticité et la musicalité de ses vers font de lui un maître, un précurseur de Pouchkine. Engagé volontaire en 1807, il participe aux campagnes contre Napoléon jusqu'en 1814, écrit des vers patriotiques, visite Paris, Londres, Stockholm et se retrouve, sans but, en Russie. Il est admis, en 1815, dans la société d'Arzamas et dirige ses flèches satiriques contre Chichkov. Un premier recueil, Essais en vers et en prose (Opyty v stikhakh i proze), paraît en 1817. En 1818, il part pour l'Italie comme secrétaire de la mission diplomatique, mais subit les brimades de ses supérieurs. Déchiré entre une vaine aspiration aux joies terrestres et la solitude tragique du poète persécuté, ainsi qu'en témoigne son élégie Le Tasse mourant (Umirajuščij Tass), il sombre dans la folie dès 1822.
Alexandre BOURMEYSTER
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