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KOKIN-SHU (905), œuvre anonyme

Première des vingt et une anthologies classiques du waka (poésie de langue japonaise), le Recueil [des waka] de jadis et naguère (Kokin [waka] shū, ou Kokin-shū) fut compilé en 905 sur l'ordre de l'empereur Daigo, par une commission de poètes présidée par Ki no Tsurayuki. Comme le Man.yō-shū, le Kokin-shū est divisé en vingt livres, mais il ne comprend que onze cents pièces, toutes des tanka (de 31 syllabes) à l'exception de cinq chōka (longs poèmes, dont l'un n'est d'ailleurs qu'une sorte de table des matières en vers rédigée par Tsurayuki) et quatre sedōka (5-7-7 / 5-7-7). À la différence du Man.yōshū, les préambules qui annoncent les poèmes sont en japonais et non plus en chinois. Les compilateurs s'étaient fait la part belle dans le recueil, et le seul Tsurayuki y figure pour 98 pièces, ce qui du reste est justice.

Contrairement au Man.yō-shū encore, la répartition des matières entre les vingt livres répond à un dessein rationnel, et les vingt anthologies postérieures la reprendront à quelques détails près ; les recueils privés eux-mêmes s'y conformeront de leur mieux : livres I à VI, les quatre saisons (I et II, printemps ; III, été ; IV et V, automne ; VI, hiver) ; livre VII, congratulations ; livre VIII, poèmes d'adieux ; livre IX, poèmes de voyages ; livre X, jeux de mots (ce genre disparaîtra par la suite) ; livres XI à XV, poèmes d'amour ; livre XVI, élégies funèbres ; livres XVII et XVIII, sujets divers ; livre XIX, formes diverses, chōka, sedōka, et aussi haikai (ne pas confondre avec le haïku de 17 syllabes), poèmes « de ton libre », de forme classique, mais n'observant pas les règles de la poésie noble ; livre XX, poèmes du Bureau de la poésie, pièces officielles et poèmes anonymes des provinces.

Dans l'ensemble, la poésie du Kokin-shū est plus habile et plus savante que celle du Man.yō-shū. Elle sait jouer des doubles sens, des métaphores, des oppositions ; elle pratique l'interrogation rhétorique, les recherches esthétiques savantes ; mais la poursuite des nuances subtiles se fait au dépens de la force et laisse prévoir déjà les défauts des recueils suivants : expression conventionnelle des sentiments, perfection formelle qui dégénérera en maniérisme, abus des allusions qui bientôt sombrera dans le poncif.

René SIEFFERT

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