Les œuvres complètes de Kōda Rohan ont été réunies en une suite de quarante et un volumes. Cet ensemble n'a guère d'équivalent dans la littérature japonaise moderne. Il en constitue l'un des centres de gravité. Comment comprendre l'inextricable complexité et la richesse de ce langage qui plonge ses racines dans le passé ? Il reflète la passion, le bouillonnement d'idées, la soif encyclopédique de connaissances qui caractérisent le début de Meiji. Le père de Kōda Rohan avait assumé une fonction religieuse auprès du shōgun ; ses frères se tournent vers l'industrie, la marine, l'université ; deux sœurs connaîtront la célébrité comme virtuoses du piano et du violon. Lui-même apprend les techniques de télécommunications et part dans la solitude du Hokkaidō. Son père lui avait fait lire la Bible ; il découvre les classiques chinois et bouddhiques, des auteurs d'Edo, des ouvrages contemporains. Des voies innombrables s'ouvraient devant lui.
Ses premiers récits : Bouddha de beauté (Fūryū Butsu, 1889) ; La Pagode à cinq étages, (Gojū no tō, 1891-1892) sont brefs, emportés par un mouvement impétueux. Ils entraînent l'imagination dans le domaine de l'utopie ou du fantastique. Tous évoquent la beauté, la mort, les éléments déchaînés de la nature, le pouvoir de l'art. Ils feront place à des romans plus amples, démesurés : Belle Réserve de poussières (Fūryū mijinzō, 5 vol., 1893-1895) ; Vagues contre le ciel (Sora utsu nami, 4 vol., 1903-1904). L'un et l'autre resteront inachevés. Les histoires littéraires appliquent aux œuvres de cette période l'épithète de « romantique », par trop insignifiante. En elles se manifeste dans sa somptuosité un style « baroque », propre au Japon de Meiji.
Rohan, qui semblait avoir renoncé au roman, se tourne vers le récit historique ; Le Destin (Unmei, 1919), qui se déroule dans la Chine des Ming, et La Chronique de l'enchaînement (Renkanki, 1940) sont animés par un rythme proche de la narration épique. Mais sa curiosité ne se satisfait ni de la fiction ni de l'histoire. Il a besoin du monde extérieur. La moind … ]
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