En un temps où tout n'est que rupture, que peut encore nous apporter l'art ? En 1925, Kobayashi Hideo entre à l'université de Tōkyō : il a opté pour la section de littérature française, et devant les hommes de sa génération surgit ce qu'il faut bien appeler, d'un terme global et imprécis, la littérature d'Occident ; elle les fascine et les menace. Les artistes, les intellectuels que côtoie Kobayashi ont les yeux tournés vers les capitales européennes de l'avant-garde. Les universitaires font connaître les maîtres du xixe et du xxe siècle, qui veillent sur l'« empire de l'art » : Nietzsche, Mallarmé, Ibsen, Valéry. En regard, la tradition autochtone semble sans force. Mais il y a plus grave encore et la situation du Japon est en cela prémonitoire : ces chefs-d'œuvre tant admirés ne sont accessibles qu'en traduction, la peinture à travers des reproductions, la musique par des disques. Kobayashi Hideo, qui songeait à devenir romancier, y renonce. Il choisit le domaine de la critique.
Ses premiers travaux sont placés sous l'invocation de Rimbaud. Il lui consacre une étude dès 1926 et traduit en 1930 Une saison en enfer. Mais il […]
