Dostoïevski, auquel fait si souvent penser l'écrivain norvégien Knut Hamsun qui a dû subir son influence bien plus qu'il ne l'a avoué, écrivait : « On m'appelle un psychologue, mais ce n'est pas vrai. Je suis un réaliste au plus haut sens du terme, c'est-à-dire que je montre les profondeurs de l'âme humaine. » C'est, en tout cas, en ce sens qu'il faut comprendre l'œuvre du plus puissant romancier de Norvège : la réalité, pour lui, a toujours été intérieure, qu'il s'intéresse à l'individu ou à la société.
1. Les débuts difficiles
Né à Lom, dans le Gudbrandsdal, d'une famille de paysans assez pauvres, Knut Pedersen (il ne prendra le nom de Hamsun qu'en 1884) vécut d'abord à Hamar dans le Nordland dont les paysages rudes constitueront la toile de fond de plus d'un roman futur et c'est dans le décor austère des îles Lofoten qu'il est élevé, de 1868 à 1873, par un oncle piétiste, sévère et rigide, qu'il a décrit dans la nouvelle Un fantôme (Et Spökelse, 1918). L'instruction qu'il reçoit est sommaire ; au reste, il s'est toujours vanté d'avoir été un autodidacte. À l'âge de quinze ans, il largue les amarres et tente l'aventure : il va voyager, faire un peu tous les métiers, en Norvège d'abord, puis aux États-Unis où il est conducteur de tramway à Chicago, garçon laitier, ouvrier agricole et même... répétiteur de français ; il lit beaucoup, en particulier Jacobsen, Hartmann, Strindberg, Mark Twain et Dostoïevski. Il écrit vers 1880 quelques récits paysans auxquels Björnson lui-même s'intéressera.
2. Le « réalisme » psychologique
Il rentre d'Amérique pour publier, d'abord partiellement dans la revue danoise Ny Jord (Terre nouvelle), en 1888, puis intégralement, en 1890, l'ouvrage qui devait l'imposer d'un seul coup, La Faim (Sult). C'est l'histoire d'un malheureux en proie aux affres de la faim, la description clinique de ses hallucinations, de ses états mentaux, de ses errances. Ce livre, qu'il n'a jamais considéré comme un roman et qui est fait en grande partie de souvenirs personn […]
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