3. Le Premier ministre
Ainsi, à trente-six ans, grâce à son habileté, mais grâce aussi à la fermeté de ses principes, Metternich prenait en main l'une des grandes puissances européennes, pour une durée de quarante ans. On sait qu'il fut victime de sa présomption et que la révolution viennoise de mars 1848 le prit pour cible ; obligé de fuir assez peu glorieusement, le 14 mars, il se réfugia en Angleterre où il demeura jusqu'en 1849, puis s'installa à Bruxelles ; en 1851, le gouvernement néo-absolutiste lui permit de rentrer en Autriche, où il se tint à l'écart de la vie politique : il mourut à Vienne, onze ans après avoir été chassé du pouvoir qui avait été le but même de son existence.
Il consacra en effet la majeure partie de son temps au travail, dix à douze heures par jour, qu'il passait dans son bureau de la chancellerie, Ballhaus Platz, à rédiger des rapports prolixes, conformément aux traditions de l'administration autrichienne. Bon père et bon époux, il se servit du mariage pour consolider sa position dans la société viennoise : il épousa en premières noces, en 1795, la petite-fille du chancelier Kaunitz et en troisièmes noces une comtesse Zichy, tandis que ses liaisons, avec la comtesse Lieven par exemple, gardaient un caractère mondain.
On ne peut même pas dire que Metternich était attaché à l'argent ; même si son passage au gouvernement lui permit de restaurer sa fortune plutôt compromise par les prodigalités de son père, il ne fut jamais un capitaliste soucieux de faire fructifier son bien, comme ce fut le cas chez nombre de ses prédécesseurs ; le sentiment de régenter l'Europe entre 1815 et 1848 suffisait à son bonheur et son triomphe fut incontestablement le Congrès de Vienne, en 1815, où toute l'Europe dansa dans la capitale de son maître.
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