2. Metternich et Napoléon
Dès l'âge de trente ans, il est considéré comme l'un des meilleurs diplomates au service de l'Autriche, mais aussi comme l'un des adversaires acharnés de Napoléon, non par haine de la nation française, car Metternich n'est pas un sentimental et encore moins un nationaliste allemand, mais par conviction profonde ; selon lui, Napoléon incarne malgré tout l'idéal révolutionnaire et menace l'équilibre européen. Ministre d'Autriche à Berlin, c'est lui qui poussa la Prusse à rejoindre la troisième coalition ; c'est pourtant Napoléon lui-même qui, après la paix de Presbourg, le demanda comme ambassadeur d'Autriche à Paris.
À trente-trois ans, il recevait donc l'un des postes diplomatiques les plus importants pour l'Autriche ; du succès de sa mission dépendait la paix de l'Europe ; pour lui, comme pour son chef direct le chancelier Stadion, il s'agissait d'une trêve destinée à préparer la revanche de l'Autriche, ce qui ne l'empêchait pas de donner à sa mission un éclat qui préfigure les fastes dont brillera l'ambassade d'Autriche sous le second Empire. Tous ses rapports tendaient à déconseiller à son chef une rupture prématurée avec la France, car il considérait que l'armée française, même engagée en Espagne, était encore capable d'écraser l'armée autrichienne en six semaines.
Il ne voulait pas vraiment l'alliance française, il souhaitait seulement gagner du temps pour que son propre pays renforçât ses positions militaires, économiques et diplomatiques. Wagram devait lui donner raison et c'est lui que l'empereur François désigna, en octobre 1809, comme chancelier à la place de Stadion, dont l'œuvre avait été anéantie par l'entrée en guerre précipitée de l'Autriche.
Fidèle à la tactique définie à Paris, Metternich attendit l'été 1813 pour engager son pays contre la France et, pendant quatre ans, il poursuivit une politique de rapprochement avec Paris, négociant le mariage de l'archiduchesse Marie-Louise, envoyant même une armée en Russie sous les ordres du prince Schwarzenberg, dont le principal souci fut, il est vrai, de ne pas combattre les Russes.
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