2. Un phénomène historique ?
Si l'origine du mot est connue (apparu en Bavière vers 1870, il est entré dans la langue française près d'un siècle plus tard, au début des années 1960), il est moins aisé de dater la naissance du phénomène lui-même.
Certains n'hésitent pas à le faire remonter à l'Antiquité. D'autres, plus prudents, le voient apparaître après la Renaissance, avec le maniérisme et le baroque. Cependant, la plupart des auteurs (dont Moles, ou l'écrivain autrichien Hermann Broch) s'accordent pour situer son essor au xixe siècle, avec le romantisme, les peintres nazaréens puis les pompiers, et surtout la production d'objets en série, qui annonce le développement de la société de consommation.
La création des grands magasins – en particulier le Bon Marché à Paris, en 1852, dont Émile Zola s'inspirera pour écrire Au Bonheur des dames (1883) – joue un rôle important. En proposant à une vaste clientèle de bourgeois, petits-bourgeois et nouveaux riches des ersatz d'objets et de meubles précédemment réservés à la noblesse ou à la grande bourgeoisie, le grand magasin, dit Moles, « sera le premier et le plus grand serviteur du kitsch ». Le triomphe de ce dernier et celui de la bourgeoisie vont de pair. Au siècle suivant, l'émergence du Prisunic, dès les années 1930, puis celle des supermarchés, à partir de 1960, ne feront qu'épouser le progrès de la démocratisation, qui propose au plus grand nombre un goût moyen, dépourvu d'ambitions autres que le confort et le paraître.
La fascination trouble qu'exerce le kitsch sera aussi exploitée par les régimes autoritaires – fascisme, nazisme, communisme –, qui offrent aux masses une imagerie chargée de symboles et une architecture pompeuse, étrangère à l'idéal fonctionnaliste. « Ce n'est pas un hasard, prétend ainsi Broch, dans une conférence donnée pendant l'hiver 1950-1951 sur « l'art tape-à-l'œil », si Hitler (comme son prédécesseur Guillaume II) a été un partisan absolu du kitsch. »
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