3. Le Kirghizstan indépendant
Le Kirghizstan indépendant a fait figure d'exemple de démocratisation dans le paysage politique centre-asiatique jusqu'en 2010. Cependant, cette réussite est à nuancer, comme l'ont montré la fin de la présidence d'Askar Akaïev, interrompue par la révolution des tulipes en mars 2005, puis la fin mouvementée du régime de son successeur, Kourmanbek Bakiev, au printemps de 2010. Les soubresauts de la vie politique kirghize montrent la fragilité des acquis démocratiques, constamment menacés par la dérive autoritaire présidentielle et ses corollaires : la gestion patrimoniale et mafieuse du pouvoir ainsi que l'entretien des clientèles régionales. Ces dérives, dans un contexte de relatif pluralisme, ont suscité le mécontentement de la population et la chute brutale du pouvoir.
• Esquisse d'un modèle démocratique
Avec la fin de la perestroïka et grâce à la politique de glasnost, et comme dans la plupart des pays de l'ex-U.R.S.S, la scène politique nationale se scinde en trois groupes à la fin des années 1980 : un groupe conservateur issu de la période brejnévienne ; un deuxième proche du Parti communiste et lié à une intelligentsia kirghize moscovite soutenant les réformes de Mikhaïl Gorbatchev ; un troisième (mouvement Ashar) émanant de la société civile, plus fermement nationaliste et réclamant de profondes réformes socio-économiques. En juin 1990, le gouvernement kirghize doit faire face à des heurts dans la région d'Osh entre Kirghizes et Ouzbeks. Ces affrontements, qui font plus de deux cents morts, sont la conséquence tant des tentatives de certains Kirghizes de s'emparer de terres occupées par des Ouzbeks que de la surenchère nationaliste des autorités locales. Cette crise accélère le changement de pouvoir au sein de la république. Une nouvelle figure issue du groupe des réformateurs communistes, Askar Akaïev, est élu président en octobre 1990.
Le pouvoir d'Askar Akaïev veille dès lors à mettre un terme à ces rivalités et à contenir le discours nationaliste. Il endosse ainsi un rôle de modérateur entre les nationalistes kirghizes et la minorité slave.
Après l'indépendance, Akaï […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 8 pages…



