En même temps que le cinéma japonais, en 1896, naît Kinugasa. C'est au cœur de la culture populaire, au théâtre shinpa, charnière entre le kabuki et le shingeki (adaptation de pièces occidentales), qu'il fait ses premiers pas d'onnagata (acteur spécialisé dans les rôles féminins selon la tradition du kabuki). En 1917, il entre dans le milieu du cinéma, qui, comme le théâtre, est encore interdit aux femmes. À cette époque, on achevait un film par semaine à la Nikkatsu, dans le studio de Mukojima à Kyōto. Les dialogues étaient improvisés par les acteurs après une lecture sur place du scénario. Kinugasa interpréta dans ces conditions plus d'une quarantaine de films par an.
En 1920, sa première mise en scène et son premier scénario, La Mort de la sœur cadette, très influencé par Blue Bird de Rupert Julian, marquent son désir de sortir des adaptations de drames shinpa. Cependant, au moment où la Shōchiku, toute nouvelle compagnie, engage des actrices, son statut d'onnagata conduit Kinugasa à mener un combat d'arrière-garde. À la Kokkatsu, où il est entré avec la troupe de Mukojima, il fait trois films, puis c'est la faillite. En 1922, cumulant les fonctions de scénariste, de réalisateur et d'acteur onnagata, il réalise avec Makino Shōzō, le père du cinéma japonais, Feux d'artifice, d'après le poète Kikuchi Kan. L'année suivante, Kinugasa organise un spectacle itinérant de rensa-geki, représentation théâtrale associée au cinéma ; il connaît un tel succès qu'il fait concurrence à la salle de la Nikkatsu de Nagoya. Makino, alors directeur de Mukojima, est délégué pour « le faire cesser » : en 1923, la troupe passe aux mains de Makino.
Chez Makino, qui produit exclusivement des drames historiques (jidai-geki), Kinugasa crée une section de drames contemporains (gendai-geki). Après Les Deux Oiseaux, remake de La Mort de la sœur cadette, il tourne Amour d'après La Ronde de Schnitzler, mais il est accusé par la police de dépravation des mœurs, tandis que son autre film, Village triste, est condamné pour agitation so […]
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