2. « Les Plaies de l'Arménie »
La vie de Khatchadour Abovian explique et commande son œuvre de révolte, de refus, de mise en question. C'est une œuvre vaste, faite de poèmes épiques, de vers en langue classique et moderne, de fables, d'historiettes, de discours, de travaux ethnographiques, de traductions, le tout écrit en grande partie dans une intention didactique ou apologétique. Mais Abovian est l'auteur d'un seul livre, un roman qui fait de lui l'une des figures dominantes de la littérature arménienne : Les Plaies de l'Arménie.
C'est une épopée populaire, une suite de larges fresques aux coloris sombres et éclatants où déferlent de grandes vagues humaines, avec leurs bruits et leur odeur, leurs cris et leurs frémissements qui éblouissent et assourdissent. C'est la foule campagnarde de la province d'Erevan, grouillante et multicolore, avec sa grandeur et sa bassesse, sa noblesse et ses trivialités, d'où émergent les individus, les notables et les simples, les meneurs et les soumis.
Sous l'apparence du pédagogue méthodique, Abovian cache un tempérament passionné, une sensibilité brûlante, une soumission et un abandon aux séductions du verbe, qu'il manipule avec maîtrise et abondance, visiblement enchanté de son art truculent et savoureux qui aboutit à un style envoûtant et à des images hallucinantes. L'ironie n'est pas absente de sa peinture, mais une ironie faite plutôt de traits affectueux que de flèches ; on y trouve une profusion tout orientale, des longueurs et des répétitions, lorsque son imagination débordante perd pied et lorsqu'il « se sent rôtir », comme il dit, par le feu des sentiments « qui s'écument en lui ».
Le sujet des Plaies de l'Arménie est simple. L'action se passe aux plus durs moments de la guerre russo-persane. C'est l'histoire d'Aghassi, personnage réel, jeune paysan de Kanaker, qui a pris les armes contre les Persans. Le roman raconte ses exploits, sa vaillance, sa générosité, son martyre. C'est un cri de liberté, un monument de patriotisme échev […]
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