Derrière leurs hautes enceintes de brique crue, les monuments de Karnak, qui couvrent plus de 100 hectares sur la rive orientale du Nil, constituent encore l'ensemble monumental le plus imposant d'Égypte
. Pourtant, jusqu'au milieu du xixe siècle, le site était la proie des carriers, des chaufourniers et des pillards ; bon nombre de ses constructions ont totalement disparu. Des vestiges du Moyen Empire attestent l'importance du site dès cette époque. Amon, supplantant Montou, devient le dieu principal de la région thébaine et bientôt le « roi des dieux ». Désormais, jusqu'à la fin de la civilisation égyptienne, Karnak reste le centre religieux de l'Empire ; son dieu (sous la forme solarisée d'Amon-Rê) et son clergé acquièrent une puissance prodigieuse qui menace l'institution pharaonique elle-même.
Temple de Ramsès III à Karnak, Égypte Piliers dits osiriaques dans la cour du temple de Ramsès III (1198 env.-env. 1166 avant J.-C.). XXe dynastie. Première cour du grand temple d'Amon à Karnak, Égypte.
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La construction la plus importante de l'ensemble de Karnak est le grand temple d'Amon-Rê
. Son plan très complexe témoigne des vicissitudes nombreuses de l'histoire pharaonique. L’entrée du temple, à l’ouest, est marquée par un pylône monumental (le premier pylône) donnant accès à une vaste cour. Entre le deuxième
et le troisième pylône se dresse la grande salle hypostyle qui mesure 103 mètres de largeur sur 52 mètres de profondeur et qui renferme une forêt de 134 colonnes colossales. Celles de l’allée centrale, d’une hauteur de 22,40 m, sont surmontées de chapiteaux en forme d’ombelles de papyrus épanouis, tandis que celles des bas-côtés, moins éclairés, s’ornent d’une fleur en bouton et mesurent (seulement) 14,74 m.Bien que massives, ces colonnes ne donnent aucune impression de lourdeur ; les noms de Séti Ier et Ramsès II s'y lisent
, répétés indéfiniment. Au-delà du IVe pylône commence le sanctuaire proprement dit, comprenant salle hypostyle, reposoir de barque et saint des saints, où s’accomplissaient les rituels de culte.
Obélisques de Thoutmosis Ier et de Hatchepsout à Karnak, Égypte Obélisques de Thoutmosis Ieret de Hatchepsout dans le temple d'Amon-Rê. XVIIIe dynastie. Vers 1567-1320 avant J.-C. Karnak, Égypte.
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Karnak, Égypte Kiosque de Taharqa. XXVe dynastie, vers 680 avant J.-C., devant le deuxième pylône du temple d'Amon-Rê à Karnak, XIXe dynastie. Au premier plan, à droite, la colonne campaniforme mesure 21 mètres de hauteur.
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Colonne du temple d'Amon-Rê, Karnak Chapiteau d'une colonne des bas-côtés de la grande salle hypostyle du temple de Karnak, orné des cartouches de Ramsès IV.
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L'axe nord-sud, quant à lui, correspond à une immense allée processionnelle faisant alterner cours et pylônes. Un vaste lac sacré correspond au plan de la nappe d'eau primordiale ; des cérémonies rituelles pouvaient y être célébrées. De très nombreux édifices secondaires complètent le grand temple d'Amon, à l'intérieur de l'enceinte de celui-ci ou à proximité : chapelles d'Osiris, expression de cultes populaires, dédiées en particulier par les Divines Adoratrices, temple de Ptah, temple d'Opet
.
Temple d'Opet (détail), Karnak Dernier édifice construit à l'intérieur de l'enceinte du site de Karnak, sous le règne de Ptolémée VIII Évergète II (145-116 av. J.-C.), ce petit temple, dédié à la déesse hippopotame Opet, est resté inachevé. La décoration de la corniche extérieure, réalisée à la fin du Ier siècle avant J.-C., porte le titre de César en cartouche.
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C'est dans l'enceinte d'Amon que se trouvait le temple du dieu-enfant de la triade, Khonsou
. D'une ordonnance régulière, il offre un plan en quelque sorte classique. Plus au sud, une vaste enceinte groupait les édifices dédiés à la déesse-épouse Mout ; le temple principal domine un lac en demi-cercle. De très nombreuses statues de lionnes semblent garder encore aujourd'hui ces ruines qui restèrent longtemps abandonnées, mais qui peu à peu sortent de l’oubli grâce aux fouilles menées depuis la fin des années 1970 par la Mut Expedition sous l’égide du Brooklyn Museum de New York.
Temple de Khonsou, Karnak, Égypte Le temple de Khonsou. XIXe-XXe dynastie. Grès. Karnak, Égypte.
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Jean LECLANT
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