Dix-huitième enfant d'une famille de petits paysans de Moravie, l'Autrichien Karl Renner obtient une bourse et peut entrer à l'université de Vienne. Très vite attiré par la social-démocratie, il participe avec Otto Bauer à la direction de la revue théorique du parti, Der Kampf. Il étudie la théorie du droit et développe une conception lassalienne de l'État, régulateur de la société (La Fonction sociale du droit, 1904).
Élu député en 1907, il dirige pendant la Première Guerre mondiale l'aile droite, majoritaire, du Parti social-démocrate et soutient la participation des socialistes à la guerre. En novembre 1918, il préside la commission exécutive élue par le Conseil national et devient chancelier de novembre 1918 à juin 1920, gouvernant avec une coalition de sociaux-démocrates et de chrétiens sociaux. Aux négociations de Saint-Germain, il défend le droit de l'Autriche à l'autodétermination, c'est-à-dire le droit de s'unir à l'Allemagne de Weimar. Mais Clemenceau fait usage de son droit de veto pour empêcher l'union.
D'avril 1931 à mars 1933, Karl Renner prône à nouveau le rattachement de l'Autriche à la grande Allemagne, mais les excès de la propagande national-socialiste lui font rapidement prendre ses distances. Arrêté lors de l'action de Dollfuss contre les socialistes en février 1934, Renner ne sort de prison qu'après l'assassinat du chancelier par les nazis. Minoritaire à l'intérieur de son parti, il reste à l'écart de l'activité des socialistes de 1934 à 1945. Pourtant, lors de la campagne du référendum organisé par Hitler au lendemain de l'Anschluss, Karl Renner fait, le 2 avril 1938, cette étrange déclaration : « En tant que social-démocrate, et, à ce titre, défenseur du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, en tant que premier chancelier fédéral de l'Autriche allemande, enfin en tant que président de la délégation autrichienne à la conférence de la paix à Saint-Germain, je voterai oui au référendum. » Une pareille prise de position en faveur du rattachement à l'Allemagne hitlérienne entraîne presque automatiquement le ralliement des électeurs de gauche. Cette intervention n'empêchera pas Staline de lui confier la direction du gouvernement provisoire en avril 1945 ; Renner déclare alors nulles les décisions prises par l'administration allemande depuis mars 1938, date de l'annexion au Reich. L'Assemblée fédérale autrichienne, formée par la réunion du Conseil national et du Conseil fédéral, élit Karl Renner à la présidence de la IIe République fédérale autrichienne, le 20 décembre 1945. Il meurt avant d'avoir pu achever son mandat.
André BRISSAUD
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