Spécialiste d'histoire et d'anthropologie économiques, Polanyi, d'origine hongroise, manifesta très tôt des idées anti-autoritaires et fut obligé de quitter son pays après la Première Guerre mondiale pour se réfugier à Vienne. En 1930, il partit pour la Grande-Bretagne, où il enseigna aux universités d'Oxford et de Londres. C'est là qu'il entreprit son immense ouvrage d'érudition, The Great Transformation, vaste remise en question de tout ce qui était admis concernant l'histoire économique de l'Angleterre.
Après la Seconde Guerre mondiale, Polanyi, qui connaissait bien les États-Unis pour y avoir donné de nombreuses conférences, vint enseigner l'histoire économique à l'université Columbia, où il exerça sur ses étudiants une influence considérable. Avec Conrad Arensberg, il mit sur pied un vaste projet d'étude comparative des systèmes économiques ; le résultat en fut la publication d'un gros ouvrage collectif intitulé Trade and Market in the Early Empire (1957), qui marque une date importante en matière d'anthropologie et d'histoire économiques.
Polanyi ne vit pas la parution de son ouvrage sur le Dahomey et le commerce des esclaves (Dahomey and the Slave Trade : an Analysis of an Archaic Economy, 1966). Cette contribution de premier ordre en anthropologie économique peut être considérée comme ayant fondé, au sein de cette dernière discipline, l'école dite substantiviste, qui s'oppose à l'école formaliste. Pour celle-ci, la théorie économique doit pouvoir rendre compte de tous les types possibles de systèmes économiques. Polanyi montre au contraire, dans son livre, que les mécanismes économiques tels que la monnaie, les marchés, le commerce extérieur ou les ports de commerce fonctionnent de façon tout à fait différente des mécanismes économiques tels qu'ils sont décrits dans la littérature économique libérale.
Raymond ECHES
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