Poète et critique, Karl Kraus est né à Jicin (Bohême). Il surtout connu pour son style satirique étincelant. Sa langue fourmille en inventions remarquables où la culture et le sens du raccourci se conjuguent à l'envi. Son influence à Vienne — à travers ses articles, mais aussi ses lectures publiques — fut grande et, très vite, dépassa les frontières de l'Autriche. En 1899, il fonde le célèbre journal Die Fackel (La Torche). Il le rédigera entièrement seul à partir de 1911. Neuf cent vingt-deux numéros de ce journal paraîtront jusqu'en 1936. De ce journal, comme de tous ses écrits, Kraus a fait une arme. Il s'est attaqué à la dépravation de la langue comme au mensonge de la culture bourgeoise. Lutte de l'esprit contre l'anti-esprit. Lutte du poète solitaire contre un monde décadent et veule voué à une mort sans gloire. Aussi courageux que désespéré, Kraus livre ses idées essentielles dans un drame monumental intitulé Les Derniers Jours de l'humanité (1918-1919), où il dénonce vigoureusement la guerre capitaliste, les spéculateurs, généraux et journalistes véreux. Dans les années vingt, Kraus s'attaque à Werfel et à l'esprit « pseudo-révolutionnaire » d'un certain expressionnisme. Il voit davantage dans l'expressionnisme une attitude théâtrale qu'une révolte authentique. Pourtant, Karl Kraus ne sera jamais socialiste. Selon lui, le capitalisme ne constitue pas une étape historique, mais une pure et simple décadence. Kraus pense en artiste, non en historien ou en théoricien politique.
Dans Les Invincibles (Die Unüberwindlichen), Kraus décrit la lutte des ouvriers viennois et met à jour la corruption de la police et de la presse. Pour lui, la corruption de la langue correspond à celle de la société : Dits et Contredits (Sprüche und Widersprüche), 1914 ; De nuit (Nachts), 1918. La dégénérescence du langage hitlérien, il l'a stigmatisée dans les fragments qui constituent La Troisième Nuit de Walpurgis, 1933. Admirateur de Goethe et de Nestroy, traducteur d'Aristophane et de Shakespeare, Karl Kraus a été un défenseur du classicisme dans lequel il voyait un modèle de beauté et de vérité.
Marie-Claude DESHAYES
Retour en haut



