Un destin contraire aura accablé la vie de cette grande aristocrate, narratrice de haut vol et responsable d'une philosophie de l'existence hardiment inactuelle, qui se veut un hymne grave et beau à la dignité humaine. La qualité hautement originale de son inspiration tout comme la noblesse de son attitude en face de l'adversité forcent l'admiration.
1. Une vie contrariée
La fille de Wilhelm Dinesen, officier et plus ou moins aventurier, écrivain et parlementaire, s'est longtemps cherchée. Née le 17 avril 1885, elle connaît, dans une famille luthérienne unitariste, une enfance en vase clos dans le domaine de Rungstedlund (dans le nord-est de l'île de Seeland), surtout après le suicide de son père en 1895. Un long moment, elle hésite entre l'art (elle était dessinatrice et peintre, a fait des études à Paris, et nous a laissé d'intéressants croquis) et l'écriture, à laquelle elle se voue à partir de 1907 avec une nouvelle, publiée sous le pseudonyme d'Osceola, Eneboerne (Les Reclus).
Contrariée, sa vie le fut également dans ses amours. Elle aura aimé son lointain cousin suédois Hans Blixen-Finecke pour finir par épouser en 1914 le frère jumeau de celui-ci, le baron Bror, dont elle divorcera en 1925. Sa passion pour l'aviateur britannique Denys Finch Hatton qui périra tragiquement en vol est tout aussi fatidique (mais il est faux de faire de cet événement le point central de la vie de l'écrivain comme l'a fait, en 1986, Sydney Pollack dans son film Out of Africa). On notera tout de même que son inspiration, loin de se confiner aux limites du Danemark, s'est constamment ouverte à tous les souffles et tous les modes d'expression venus d'ailleurs.
Contrariée, Karen Blixen le fut aussi dans ses entreprises : son mari voulait s'établir au Kenya, à Mombasa, pour y créer une exploitation de café. Mais ni lui ni elle ne s'entendaient à ce type d'activité. Au bout de dix-sept ans, la ferme (histoire qu'elle relate dans La Ferme africaine) finira par péricliter et Karen, ruinée, devra rentre […]
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