4. L'écrivain et la langue
Quand Čapek débutait dans les lettres tchèques, celles-ci en étaient encore à rechercher une langue littéraire satisfaisante. Car en trois siècles d'oppression étrangère, la coupure s'était creusée entre la langue du peuple et celle des grammairiens. Le tchèque parlé était vivant, mais variable et incorrect. Le tchèque correct sonnait faux. La poésie posait encore d'autres problèmes. Au temps des « frères Čapek », les deux jeunes auteurs s'étaient masqué la difficulté en écrivant à la manière d'Huysmans. Mais bientôt Karel, pour avoir traduit 95 poèmes de la Poésie française moderne (Moderni francouzská poesie, 1920), s'attaquait à la langue poétique. Jusqu'à lui, un poème en tchèque tenait souvent du casse-tête. Non seulement Čapek restitue avec une fidélité rare Baudelaire et Apollinaire, mais il crée un vers tchèque maniable, libéré des interdits et des chevilles qui le défiguraient. V. Nezval a dit quelle révélation il eut en lisant Zone, et qu'il imaginerait mal la poésie tchèque moderne sans le « travail de pionnier » de Čapek. Quant à la prose, il la forme peu à peu. Raide encore dans R.U.R., elle gagne en naturel dans les pièces suivantes, en liberté dans les œuvres de pur divertissement – comme Zahradníkv̇v rok (L'Année du jardinier, 1929), ou encore Dášenka čili život štěněte (Dášenka, ou la Vie d'une bébé chien, 1932). Dans la trilogie, elle atteint l'équilibre.
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