2. Mythologie
À la différence des autres « Buts de l'homme » qui, lorsqu'ils sont personnifiés, ne sont guère que des allégories (Dharma, cependant, associé à la mort, a parfois quelque consistance), Kāma est véritablement, dans la mythologie hindoue, une personne divine. Le thème principal, et quasi unique, de la mythologie de Kāma est l'événement qui a valu à ce dieu des corps le nom de « Sans corps », Anaṅga. Si l'on essaie de coordonner les différentes versions que donnent de l'affaire le Rāmāyaṇa, les Purāṇa (voir W. D. O'Flaherty, Hindu Myths) et le Kumārasambhāva de Kālidāsa, on aboutit au schéma que voici :
Satī, l'épouse du dieu Śiva, ne peut supporter la honte que lui cause le comportement méprisant de son père Dakṣa envers son époux : elle se tue en se précipitant dans les flammes. Śiva se retire dans l'Himālaya et s'absorbe dans la concentration ascétique. Près de lui, s'installe, sans qu'il s'en aperçoive, Pārvatī (« la Montagnarde »), fille de Himāvant, c'est-à-dire Himālaya personnifié. Timide, déférente, elle imite Śiva dans l'immobilité de sa posture yogique, espérant ainsi gagner son amour. Cette Pārvatī n'est autre que Satī réincarnée.
Cependant, l'univers est tout entier menacé par un démon nommé Tāraka : personnage d'autant plus redoutable que, par ses austérités ascétiques, il a forcé Brahmā à lui accorder le privilège d'être invulnérable ; seul pourrait le faire mourir un héros né de la semence de Śiva. Mais comment le sperme de Śiva pourrait-il jaillir alors que le dieu s'enferme dans la continence yogique et la contemplation du Soi dans soi-même (selon la version du Saura-Purāṇa) ? Les dieux s'adressent à Kāma, l'invincible dieu du Désir : Kāma possède un arc fait de fleurs, et dont la corde est faite d'abeilles ; il est toujours muni de cinq flèches qu'il est toujours prêt à décocher pour infliger à coup sûr la blessure de l'amour. Kāma, accompagné de son épouse Rati, la Volupté, se rend donc à la résidence de Śiva. Il déjoue la vigilance de Nand […]
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