Le terme sanscrit kāma couvre à peu près le même champ sémantique que le grec erôs : s'y combinent, pour former des configurations variables suivant les textes et les contextes, les notions de « désir » et de « plaisir ». Le kāma sanscrit est avant tout le désir du plaisir des sens, et plus particulièrement du plaisir sexuel. Il fait l'objet, dans la tradition indienne, d'un savoir codifié (śāstra), pour autant seulement qu'il traite non de l'essence et des manifestations du désir, mais des techniques de la volupté sexuelle et des raffinements de tout ordre qui la favorisent ou l'accompagnent. Ce savoir est consigné dans un grand nombre d'ouvrages dont le plus systématiquement didactique est le célèbre Kāmasūtra de Vātsyāyana ; il est aussi illustré, de la manière la plus directe qui soit, dans la peinture et la sculpture. Le domaine ainsi délimité se ramène à l'examen des conditions physiologiques, accessoirement psychologiques, de la production du plaisir érotique, étant bien entendu que les êtres destinés à éprouver ce plaisir sont un homme et une femme formant un mithuna, un couple d'amants (les autres combinaisons, si la sculpture les donne à voir assez volontiers, ne sont que très exceptionnellement évoquées dans les textes).
Ainsi envisagé, le kāma est un des trois grands mobiles de l'action humaine, un des « buts de l'homme » (puruṣārtha), le troisième dans l'ordre hiérarchique : dans le système de pensée hindou (et indien), le plaisir sensuel est, en principe, inférieur en dignité à l'artha, qui est richesse et pouvoir ; l'artha, à son tour, est inférieur au dharma, à l'ordre socio-cosmique et aux observances qui en dérivent. Mais le kāma du Kāmasūtra n'est qu'un des versants du Désir-(de)-Plaisir. L'amour, saisi non plus dans l'accomplissement de la jouissance ou dans les préparatifs techniques immédiats qui la rendent possible, mais dans l'élan et les tourments du désir, s'il n'entre pas dans le champ du Kāmasūtra, est le thème majeur de la grande poésie sanscrite (voir l'Antho […]
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