3. Śakuntalā
Le sujet de Śakuntalā est tiré du Mahābhārata. On comprend tout le prix de l'art de Kālidāsa quand on voit avec quel bonheur il a transformé la légende pour la rendre plus propre à la scène et plus émouvante. Le roi Duṣyanta est entraîné, au cours d'une chasse, auprès de l'ermitage forestier de Kaṇva. Il aperçoit la fille adoptive de ce dernier, Śakuntalā. L'amour les unit. Mais le roi doit bientôt retourner dans sa capitale. Il lui laisse un anneau et la promesse de la faire chercher le plus tôt possible. Śakuntalā, plongée dans sa rêverie amoureuse, néglige de rendre les devoirs de l'hospitalité au sage Durvāsas qui, toujours irascible, la frappe d'une malédiction : son amant l'oubliera jusqu'à ce que la vue d'un anneau lui redonne la mémoire. Le roi oublie, en effet. Kaṇva envoie Śakuntalā à la cour : comme elle a égaré la bague, Duṣyanta ne la reconnaît pas et la repousse. Śakuntalā, qui était fille de la nymphe Menakā et du sage Viśvāmitra, est emmenée par sa mère au ciel où elle donne naissance à un fils, Bharata. Or, un jour un pêcheur apporte au palais l'anneau qu'il a trouvé dans le ventre d'un poisson. Le roi se souvient et longtemps il recherche son amour perdu. Le hasard lui fera rencontrer d'abord son fils, puis Śakuntalā.
Pièce d'une extrême élégance dans l'expression, d'une grande finesse psychologique, d'un métier très raffiné, parfait, Śakuntalā est le chef-d'œuvre du théâtre indien, par un équilibre qu'il réalise entre cet art pur et une certaine spontanéité. Plus que dans ses autres créations, Kālidāsa a su dans cette pièce mettre de la vie et de la fraîcheur naturelle. Et c'est peut-être ce qui a fait la célébrité de Śakuntalā, son attrait irrésistible sur des esprits aussi divers que les lettrés indiens de toutes les époques et de toutes les confessions ainsi que les romantiques d'Occident.
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