6. Pour l'amour du chant
On voit quel étrange amalgame a présidé à l'élaboration des chants populaires finlandais. On saisit mieux encore le génie de Lönnrot qui sut les fondre en un tout cohérent. D'ailleurs, la recherche actuelle tend plutôt à mettre en relief le rôle capital du prodigieux rassembleur que fut l'auteur du Kalevala, Elias Lönnrot. Car il faut renoncer à conférer à ce poème une valeur proprement scientifique, comme à jamais connaître son état premier ; il reste cette incomparable « épopée » populaire, originale dans le fond comme dans la forme, capable de satisfaire toutes les curiosités, toutes les passions : par exemple, on a pu admirer dans l'idée du sampo un vivant symbole, celui de la tenace recherche du bonheur, ou plutôt celui des efforts de l'esprit humain pour améliorer son lot ; à ce titre, il impliquerait une croyance dans le progrès.
Toute la Finlande revit, corps et âme, dans ce chef-d'œuvre. Rares sont les poèmes de ce genre qui font large place aux descriptions de nature : ici, elles sont prépondérantes ; le sapin, le bouleau, l'ours, l'élan, l'oiseau et le ruisseau, la fleur et l'abeille y tiennent autant de place que les héros et les hommes, et sont responsables du climat d'intense poésie dans lequel évolue le Kalevala : par exemple, le voyage de Kullervo jusqu'aux frontières de la Laponie est rendu avec tant de précision qu'on peut suivre sur le terrain le déroulement des paysages. Poésie encore que le caractère peu sanguinaire de cette œuvre épique : plus qu'avec l'épée, les héros combattent avec la langue, dont ils s'entendent à faire chatoyer les belles harmonies. Cela nous vaut un trésor d'images, de métaphores, de symboles, tandis que les parallélismes permettent de développer à loisir nobles sentiments et fortes passions, sous un jour à la fois rude et net, primitif et prenant comme celui qui règne en effet, aujourd'hui comme toujours, sur les lacs finlandais :
Le vent berça la jeune fille,
la vague ballotta la vierge,
sur le dos bleuissant des ondes,
à travers le […]
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