2. Un enseignement hostile aux religions révélées
Kabīr rejetait toute autorité scripturaire, aussi bien celle du Veda que du Qorān. Ses poèmes renvoient ironiquement dos à dos les sectateurs des « deux religions », cadis et moullas musulmans, brahmanes et pandits hindous :
En lisant et en commentant le Veda, les pandits
[se sont égarés
Et ils n'ont pas compris le mystère de leur propre
[moi.
Culte du soir, libations aux ancêtres, les six actes
[prescrits
Et mainte pratique de ce genre : voilà leur religion !Ô Cadi, quel est le livre que tu vas commentant ?
Jour et nuit, tu clabaudes et tu argumentes,
Et tu ne comprends pas que tous les systèmes se
[valent.
Sûr de ton autorité, tu pratiques la circoncision ;
Mais moi je ne suis pas d'accord, frère !
Si Dieu voulait me circoncire,
Ne pouvait-il le faire lui-même ?Ô Pandit, tout ce que tu dis est mensonge !
Si en répétant Rām le monde est sauvé,
Alors en disant « sucre », la bouche est sucrée ?Le mystère de l'âme, nul ne comprend,
Et dans leur égarement ils parlent de deux
[religions !
L'Hindou et le Turc n'ont qu'un seul Seigneur ;
Que fait donc le moulla et que fait le sheikh ?
Dit Kabīr : Je suis devenu fou
Et mon âme en secret s'est absorbée dans l'Absolu.
Outre les vishnouites et les soufis, Kabīr a été lié étroitement, semble-t-il, avec les yogis « Naths », sectateurs de Gorakhnāth (xe-xiie siècle ?) et adeptes d'une forme particulière de Hatha-yoga, dont les conceptions se trouvent largement répandues dans les masses dès le xiiie siècle. Les conceptions philosophiques des Nāths rejoignaient celles de sectes plus anciennes, inspirées du bouddhisme tardif dit « tantrique » ; ces yogis enseignaient une « géographie » particulière du corps, qu'ils croyaient pouvoir transmuer et rendre immortel, comme un vil métal est transmué en or incorruptible par l'alchimie. Ils étaient aussi magiciens et pratiquaient eux-mêmes l'alchimie. Les Nāths étaient gens de très basse caste et s'exprimaient dans la langue du peuple. Beaucoup étaient mariés, et on les appelait […]
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