5. Prospérité commerciale et essor intellectuel
L'Orient asiatique restait actif et prospère, et la Méditerranée, rendue au commerce international par la défaite vandale, était sillonnée par les marchands de Syrie et d'Égypte qui entretenaient un commerce important avec l'Occident, notamment avec la Gaule mérovingienne, où ils écoulaient le papyrus, les verreries syriennes, les produits des cultures de luxe (huile, vins fins, fruits secs), les cotons importés de l'Inde, les soieries. L'Empire communiquait avec Ceylan par l'intermédiaire du royaume éthiopien d'Axoum, avec les riverains de la mer Noire qui le ravitaillaient en esclaves, avec la Chine par la longue route caravanière d'Asie centrale où s'acheminait la soie. L'approvisionnement des ateliers byzantins en soie fut un des soucis majeurs de Justinien, et ses efforts persévérants pour faire entrer les peuples caucasiens et turcs dans la sphère d'influence byzantine s'expliquent en partie par la nécessité d'ouvrir à travers l'Asie une voie commerciale qui ne passât pas par la Perse et ne dépendît donc pas du bon vouloir des Sassanides. Mais ce n'est qu'à partir des années 552-554, quand des vers à soie exportés clandestinement de Chine eurent été introduits dans l'Empire, que celui-ci commença à se libérer du monopole perse en produisant la soie lui-même.
À l'activité économique de l'Empire sous Justinien correspond une vie intellectuelle et artistique tout aussi brillante, que l'empereur, comme il arrive souvent à Byzance, a stimulée et marquée de son influence personnelle. Les grandes réalisations artistiques du règne, en Orient comme en Occident, sont célèbres et, comme la littérature du temps, reflètent certains traits de la personnalité complexe du maître. Même dans la poésie mi-hellénistique, mi-chrétienne d'un Paul le Silentiaire, on retrouve l'ambiguïté d'un génie trop attaché aux prestiges du passé.L'œuvre de l'historien Procope respire le même sentiment de grandeur romaine qui anima le couple impérial, dont il a pourtant beaucoup médit ; et la foi chrétienne, aussi profonde qu'intolérante, qui inspira la politique religieuse de Justinien, trouve un écho fidèle dans les hymnes de Romanos le Mélode.
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