4. Débats contemporains
Le débat sur la justification n'est plus au premier plan de la réflexion théologique comme il l'a été durant tant de siècles. L'absence du mot justification dans les tables analytiques du second concile du Vatican est déjà un indice. Deux raisons à cela : d'une part l'homme sécularisé et les croyants eux-mêmes sont moins sensibles au jugement final de l'homme envers son prochain et envers le monde. Si les contemporains de Paul, d'Augustin et de Luther s'interrogeaient passionnément sur la colère et la grâce de Dieu, les hommes d'aujourd'hui reportent leur passion sur la relation avec autrui. Le salut apparaît moins un verdict ultime qu'une décision constante d'écouter, d'agir, d'aimer, au lieu de se refermer, de se lasser et de se laisser aller au non-sens de l'histoire. D'autre part, il est certain que depuis Luther et le concile de Trente les positions respectives se sont rapprochées. Par exemple, le théologien catholique Hans Küng a soutenu que la doctrine de la justification dans la Dogmatique de Karl Barth était authentiquement catholique. L'avenir dira si Hans Küng voit ici juste ou s'il affadit les oppositions. Il demeure que catholiques et protestants se retrouvent unis sur le salut par la grâce seule, grâce qui n'est pas inactive, mais recréatrice de la totalité de la vie.
Une grande contestation s'est élevée dans les années 1970 contre la représentation classique de la justification, où le sacrifice offert par Jésus-Christ vient apaiser la colère de Dieu et permet alors le rachat de l'homme. René Girard, dont les ouvrages se situent au carrefour de l'ethnologie, de la psychanalyse, de la théorie du roman et de l'exégèse biblique, a particulièrement combattu les notions théologiques de sacrifice expiatoire et de substitution rédemptrice. Elles lui apparaissent comme étant des restes de paganisme maintenus par erreur dans la tradition chrétienne : le paganisme consiste en ce que l'homme imagine, à son image, un Dieu assoiffé de vengeance e […]
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