3. Réforme et Contre-Réforme
C'est en grande partie sur la compréhension théologique de la justification que le christianisme occidental se divisa au xvie siècle. D'Augustin à Luther, la justification qui donne le salut a été de plus en plus liée aux conditions de la pénitence. Elle est plus ou moins devenue un processus curatif, un perfectionnisme progressif. Le baptisé reçoit pardon de ses péchés antérieurs ainsi qu'une grâce coopérante, qui opère en lui la satisfaction réparatrice. Ainsi la puissance sacramentelle peut-elle faire naître en lui un véritable mérite (tantôt encore insuffisant : meritum de congruo ; tantôt adéquat : meritum de condigno), sans que l'on puisse cependant jamais assurer de manière absolue que le jugement de Dieu correspondra exactement ici au jugement de l'Église, médiatrice des grâces sacramentelles. Le Moyen Âge, sans cependant jamais renier explicitement l'augustinisme, est une mise en forme scolastique des conditions, détaillées mais jamais assurées, selon lesquelles peut jouer la justification de l'homme par Dieu.
On comprend mieux le réveil théologique de Luther si on le voit comme une redécouverte, à partir de Paul et d'Augustin, de l'absolue gratuité de la justification du pécheur. Née à l'occasion d'une protestation de docteur en théologie contre le trafic des indulgences, la Réforme imposa à nouveau au cœur de la chrétienté la réflexion sur la justification. « Quand quelqu'un est capable de dire : grâce au Christ, qui est ma justification, je suis enfant de Dieu et n'en doute point, bien que je n'aie pas de bonnes œuvres à invoquer (c'est d'ailleurs ce qui nous manque à tous), celui-là croit comme il faut croire. Mais cette grâce est tellement grande que l'homme s'en effraie et qu'il lui devient difficile de croire. Notre foi accorde à Dieu l'honneur de pouvoir et de vouloir faire ce qu'il a promis, à savoir justifier les pécheurs » (Luther, Sur Romains, iv, 5). Pour manifester que cette justification n'est pas une action initiale d […]
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