3. Survivances et réveils
De bien des manières, les livres de Jurgis Baltrušaitis donnent à penser : sur les inventions, transformations et voyages des formes ; sur les rapports entre une forme et l'espace architectural où elle s'inscrit ; sur les rapports entre l'imaginaire d'un créateur et les contraintes ornementales auxquelles il obéit, peut-être sans s'en rendre clairement compte ; sur les avantages obtenus par l'Occident et par l'Orient grâce aux circulations multiples et variées d'objets, de fables, de connaissances sur les liens complexes de la raison et du délire ; sur l'importance (trop souvent négligée) du décoratif dans l'invention des formes. En même temps, ces ouvrages ressuscitent des textes oubliés, des sculptures auparavant mal vues, les dessins que d'autres ont regardés trop vite.
On réfléchira par exemple, à partir de Réveils et prodiges, sur la complexité de l'histoire des formes. Les survivances s'y mêlent aux réveils et aux surgissements. Les inégalités des rythmes historiques interviennent ; et ce qui peut, à un certain moment, apparaître comme un archaïsme anticipe un retour plus général à des techniques ou à des formes que l'on croyait définitivement rejetées. Opposé globalement au monde roman, le gothique en favorise pourtant des renaissances partielles. Mais ce qui revient, bien sûr, revient modifié : la renaissance d'un fonds carolingien dans certaines œuvres gothiques ne permet pas de parler d'un art carolingien anachronique. Jurgis Baltrušaitis ne rejette pas, semble-t-il, les périodes définies par l'histoire de l'art, mais il montre les diversités, les richesses, les ambiguïtés de chaque période, les courants souterrains qui la traversent, les marges et « réserves » où se réfugient les formes momentanément méprisées. De même, Baltrušaitis ne semble pas refuser la notion d'influence. Mais il met en évidence la complexité des jeux d'influences, lorsqu'un conte arabe, une histoire anglaise sur les supplices de l'enfer, une légende bouddhique et diverses imag […]
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