2. L'étude psychologique des jumeaux
• Du mythe à l'analyse scientifique
On doit évoquer l'étonnement dont on est soi-même frappé à chaque rencontre avec des jumeaux pour comprendre la place qu'ils tiennent dans les rêveries millénaires. Insolites, comme tout ce qui n'est pas dans l'ordre habituel des choses, ils appartiennent aux légendes, aux superstitions de tous les peuples et de tous les temps. Ils appartiennent à la science depuis tout juste un siècle. Pour celle-ci comme pour nos fantasmes, ce qui fait l'intérêt des jumeaux, c'est leur nature d'exception. Mais l'exception sur le plan de l'irrationnel aussi bien que de la raison n'est pensable que comme la clé de secrets qui concernent tous les hommes. C'est aux questions plus ou moins angoissantes sur l'origine et le destin de l'homme, sur son unité et sa duplicité, sur la quête de l'amour et de soi-même à travers l'amour, que répondent les mythes gémellaires.
Bien que ce soit le couple de jumeaux indiscernables qui provoque l'étonnement maximal, toute gémellité est extraordinaire et suggestive. S'ils appartiennent au même sexe, comme Romulus et Rémus, Amphion et Zhétos, les jumeaux symbolisent la double nature de l'homme. S'ils sont de sexe différent, ils évoquent le couple originel créé à partir d'un être unique, comme dans la fameuse allégorie de Platon ou dans la version sacerdotale de la Genèse où il est dit que « Dieu créa l'homme à son image, à la fois mâle et femelle ». Les jumeaux identiques, par leur ressemblance, incitent à rêver et à jouer sur l'unité de la personne, sur l'existence d'un double : de Plaute à Shakespeare, la comédie des erreurs est une recherche de vérité.
Avec le projet scientifique, la réflexion prend évidemment d'autres voies. Mais c'est encore à résoudre la question du destin que les jumeaux vont d'abord être utilisés. Ce destin, on l'appelle alors hérédité. Dans quelle mesure les caractères d'un individu dépendent-ils de cette hérédité, dans quelle mesure et de quelle façon lui échappent-ils ? À cette questio […]
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