Étudiant à l'université de Prague en philosophie, lettres et histoire de l'art, Julius Fučík adhère à dix-huit ans au Parti communiste tchécoslovaque dès sa fondation en 1921. Journaliste de talent, il met toute son activité au service de son parti et de la glorification de l'Union soviétique, où il fait deux longs séjours et d'où il rapporte d'enthousiastes reportages ; l'un d'eux lui vaut la prison. Sous l'occupation hitlérienne, il est au premier rang de la lutte communiste clandestine ; lorsque le premier Comité central clandestin tombe dans les filets de la Gestapo, Fučík est l'un des organisateurs du nouveau centre qui se reconstitue. Il est arrêté à son tour par les nazis le 24 avril 1942, longuement soumis à la torture, gardé en prison à Pankrác (Prague) jusqu'en juin 1943, transféré en Allemagne, condamné à mort et exécuté à Berlin le 8 septembre 1943.
Grâce à la complicité d'un gardien, Fučík avait pu trouver les moyens d'écrire durant sa longue incarcération à Pankrác. Les feuillets qu'il réussissait à griffonner étaient acheminés presque au jour le jour et transmis aux camarades. Ils seront publiés après la libération sous le titre Écrit sous la potence. Leur inévitable décousu empêche d'y voir un livre à proprement parler ; leur teneur inconditionnellement stalinienne semble déjà, après trente ans, appartenir à un autre âge. Et pourtant Écrit sous la potence demeure un des textes les plus héroïques et les plus lourds d'humanité du xxe siècle — un de ceux par lesquels les martyrs révolutionnaires et athées d'aujourd'hui donnent la réplique aux premiers martyrs chrétiens.
Jean MASSIN
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