Ni homme de lettres ni poète (c'est lui qui s'en défend), aventurier, un peu voyou, cynique, à l'instar de Rimbaud qu'il admire et dont le rapprochent d'autres penchants, Julien Torma laisse une œuvre écrite nombreuse pour une si brève existence, et des plus hétéroclites au double sens du mot : diverse et anomale. On le sait né à Cambrai, d'un père d'origine hongroise ; il anagrammatisera son nom comme l'avait fait le peintre Tarom (Charles), un des exposants du salon des Incohérents en 1887. Ce jeu lui plaisait : « Tomar/marto/t'amor/A mort », et il ne manquera pas de rencontrer Marot : « Marot nié m'a rogné. » Sa mère, devenue veuve, trouve ses ressources chez un chapelier, habile en calembours et contrepèteries, et qui transmet très tôt à l'enfant le goût des jeux de langage. Accident, suicide ou fuite au bout du monde, Torma disparaît au Tyrol, à trente et un ans, dans des circonstances non élucidées, au cours d'une promenade en montagne ; curieusement, ultime hommage à « l'enfant aux semelles de vent », c'est de Vent, en Autriche, qu'il s'en va pour toujours.
Ses œuvres juvéniles se ressentent de l'air du temps et des premières lectures : Rimbaud, Corbière, Laforgue, […]
