4. « Exegi monumentum... »
Cependant, la « philosophie religieuse » que Michelet développait, depuis Le Banquet, dans ces essais fort divers, ne le détournait pas de ses devoirs d'historien. Il poursuivit régulièrement la rédaction de l'Histoire de France, dont les neuf derniers volumes (dix-sept au total) parurent de 1856 à 1869. Il lui fut pénible de raconter les temps de l'Ancien Régime. Sa passion républicaine, sa vocation d'évangéliste de la Révolution le desservaient. Il n'eut pas toujours la patience d'analyser l'œuvre des derniers rois de France ; il se complut à évoquer les égarements de leur vie privée, en y recherchant les mobiles de leur politique. Insistance d'autant plus étrange que le Journal même de Michelet reflète la contradiction entre les misères de la vie privée et la grandeur de l'homme public. Sa plume grinçait, son style affichait une nervosité agressive, qui ne manquait pas, il est vrai, d'élégance. Mais quel bonheur lyrique, chaque fois que se présentait l'occasion, comme dans l'épisode de la révolte des camisards, de célébrer un sursaut du peuple ! Le rappel de l'œuvre militante des « philosophes » – Montesquieu, Voltaire et surtout Diderot – permit aussi à leur héritier de reconstituer allègrement le « credo du xviiie siècle », qui demeurait à ses yeux le vrai « grand siècle ».
En 1869, Michelet donna à l'Histoire de France une préface digne d'elle. Elle concluait le long dialogue que l'historien avait mené avec la France, présente en personne à ses côtés. Si elle traduisait, comme l'ode d'Horace, la fierté de l'œuvre accomplie, elle avait aussi l'accent mélancolique d'un adieu : « Eh bien ! ma grande France, s'il a fallu, pour retrouver ta vie, qu'un homme se donnât, passât et repassât tant de fois le fleuve des morts, il s'en console, te remercie encore. Et son plus grand chagrin, c'est qu'il faut te quitter ici. » Michelet ne devait pas survivre longtemps à cette séparation. La guerre de 1870 fut pour lui une sérieuse épreuve morale ; elle ruinait l […]
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