Élève d'Ambroise Thomas, prix de Rome à vingt et un ans, membre de l'Institut à trente-six ans (contre Saint-Saëns), la carrière de Massenet est celle d'un musicien heureux, adulé du public et des chanteurs. Son génie est facile, trop facile ; sa complaisance pour le goût du public et pour les chanteurs est responsable de bien des banalités et de bien des fautes de goût. À part des oratorios, composés dans sa jeunesse et plus proches du théâtre que de l'église (Ève, La Terre promise, Marie Magdeleine), et quelques œuvres pour orchestre (Suites symphoniques, Concerto pour piano), son œuvre est tout entière tournée vers le théâtre : vingt-six opéras, dont les principaux sont Hérodiade (1881), Manon (1884), Le Cid (1885), Werther (1892), Thaïs (1894), Sapho (1897), Le Jongleur de Notre-Dame (1902). Il y a bien de la monotonie dans cette œuvre, et il n'est pas faux de reprocher à Massenet d'avoir fabriqué ses opéras « comme les romanciers industriels leurs volumes annuels ».
Le « métier » de Massenet est certain, sa connaissance des voix évidente ; une sensibilité voluptueuse colore toutes ses œuvres, dont le défaut essentiel est, précisément, de traiter tous les sujets sans guère changer de registre. Son chef-d'œuvre, Manon, qui n'a plus grand-chose à voir avec l'héroïne de l'abbé Prévost, est une réussite charmante par sa grâce et son charme. Massenet, excellent pédagogue, a formé de nombreux élèves, parmi lesquels on peut citer André Bruneau, Gustave Charpentier, Pierné et Florent Schmitt.
Philippe BEAUSSANT
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