3. Guesde, guesdisme et S.F.I.O.
La fondation de la Section française de l'Internationale ouvrière en avril 1905 marque donc en apparence la victoire des guesdistes. Qu'en est-il en réalité ?
Ce qu'apportent les guesdistes à la S.F.I.O., ce n'est pas seulement leurs qualités d'organisateurs, leur pédagogie simple, leur hebdomadaire, Le Socialiste, c'est aussi un appareil qui tend assez souvent à se nourrir de lui-même. Les délégués guesdistes font bloc dans les congrès. Ils tentent d'obtenir – en vain – une organisation régionale du parti, où triompherait leur coordination. Ils parviennent à conserver le contrôle d'une vaste entreprise d'édition, l'Encyclopédie socialiste, dont l'un des leurs, Compère-Morel, a eu l'initiative.
Pourtant, dès lors que les amis d'Édouard Vaillant se détournent d'eux sur quelques problèmes essentiels – politique internationale, rapports avec les syndicats –, ils ne peuvent infléchir la S.F.I.O. de façon décisive, et l'animosité que la majorité syndicaliste révolutionnaire de la Confédération générale du Travail (C.G.T.) éprouve à leur égard les prive de tout soutien extérieur nouveau.
La sclérose menaçait le guesdisme depuis longtemps, et d'abord sous une forme particulièrement insidieuse : le divorce entre le verbe, resté révolutionnaire, et la pratique devenue bien souvent réformiste. Guesde, pourtant, restait capable de coups d'éclat : le 31 mars 1910, d'accord pour une fois avec la C.G.T., il fut le seul élu de la S.F.I.O. à voter contre la loi des retraites ouvrières et paysannes, où il voyait, en raison du prélèvement opéré sur les salaires, un « vol législatif » ajouté « au vol patronal ». Surtout, le guesdisme s'avéra incapable d'analyser les changements survenus à la fin du xixe siècle et au début du xxe dans l'économie, la société, la vie politique. Limitant ses objectifs à la préparation de la conquête de l'État par le parti socialiste, il ne sut ni comprendre les aspirations révolutionnaires qui s'incarnaient dans le nouveau syndicalisme, […]
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