2. Une critique d'humeur
Barbey d'Aurevilly vint à la critique littéraire par nécessité, ne pouvant obtenir la rédaction politique qu'il souhaitait ; il s'y habitua sans s'y complaire jamais, et y mit toute sa violence, ses colères, son goût de la bataille. Des « éreintements » célèbres marquent les étapes de sa carrière : Les Contemplations, Les Misérables, L'Éducation sentimentale, les romans de Zola... Ils ont fait oublier un peu que Barbey d'Aurevilly défendait Balzac, Stendhal, Baudelaire... En apparence, sa critique est dogmatique, strictement et parfois étroitement catholique, intransigeante. Le mouvement vrai est autre, c'est une critique d'humeur, d'instinct, de goût. Même s'il n'en a pas toujours conscience, Barbey cherche dans une œuvre la sensibilité dont elle témoigne. L'accord ou le désaccord sur ce plan profond décide du jugement : ainsi peut-il critiquer des écrivains catholiques et faire l'éloge de Stendhal. La passion, l'esprit, la grâce sont ses critères plus que l'orthodoxie. Non qu'il y soit insensible, mais elle lui importe pour confirmer un jugement, non pour le fonder. Les oppositions se situent à un autre niveau que celui des idées. Détestant la démocratie, la « philanthropie », la fadeur, le matérialisme qui réduit la littérature au réalisme, il eut plus de haines que d'admirations. Il ne le regrettait nullement, aimant la bataille – tempérament agressif qui se définit plus aisément dans l'opposition. L'éreintement peut d'ailleurs n'être pas incompréhensif : il a admirablement compris Madame Bovary ou La Faute de l'abbé Mouret, par exemple, même si la sécheresse apparente de Flaubert le heurte, ou si le « naturalisme » de Zola le met hors de lui. Un style capricieux, imagé et violent, soutient admirablement cette critique.
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