5. La philosophie des propositions
La réflexion moderne sur les formes propositionnelles et leur statut, issue des analyses des logiciens, se maintient sur les plans techniques et se dispense des hypothèses sur le lien du jugement avec la subjectivité ou la conscience. Cependant, les points de vue techniques appellent leur problématique propre. Lorsque la fonction relationnelle de la proposition s'est substituée, comme on l'a dit, à la fonction compréhensive du concept, l'entité propositionnelle a pris la place de base dans l'économie des êtres logiques. En effet, les rapports de vérité s'établissent dans la composition ou dans la déduction des propositions ou dans la mise en correspondance de celles-ci avec l'expérience. Avant toute vérification, la proposition est l'unité d'un sens formulable et communicable. D'autre part, elle est la lexis invariante sur laquelle opèrent les quantifications et les prédicats modaux. Toutefois, ces propriétés qui marquent le rôle opératoire des propositions ne lui confèrent pas nécessairement une existence logique indépendante. Il y a là l'amorce d'un problème : un certain « atomisme logique », qui accordait à la proposition une valeur véritable d'élément, a été soumis ultérieurement à des critiques pertinentes.
D'une certaine manière, les philosophies logiques de Frege ou de Russell marquent l'apogée de cette vue atomistique. Il paraît naturel d'assigner à la proposition une signification et une vérité qui lui soient attachées en propre, de lui donner un contenu idéal qui est son sens, et une référence autonome au réel qui est sa vérité. Il semble même, à ces philosophes, que cela soit indispensable pour éviter les écueils d'une conception purement linguistique de l'énoncé et d'une conception purement pragmatique de la certitude. Ils cherchent, dès lors, à délimiter le domaine des propositions fondamentales qui garantissent la vérité des autres propositions : qu'il s'agisse des énoncés décrivant les données immédiates du champ sensible, ou de […]
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