3. Aspects psychologiques ou axiologiques
Les disciplines concrètes, les sciences humaines atteignent des aspects du jugement que laisse en suspens le logicien, le théoricien des formes, et qui touchent l'action de juger, l'échange des jugements, les valeurs reflétées par le jugement.
La psychologie considère le jugement dans sa genèse, et tel qu'il est lié aux modes de l'adhésion ou de la décision des sujets. Elle y voit comme une forme de maturité des opérations du psychisme individuel : le langage qui prend la forme judicative respecte des critères d'objectivité ou rend possible la réciprocité des opinions échangées, il a surmonté en principe les limites de la crédulité et de l'autisme enfantins. La genèse du jugement renseigne aussi sur l'origine et le développement des conduites d'acceptation et de refus, qui représentent des prises de position, d'abord instinctives, puis plus réfléchies, vis-à-vis de l'environnement naturel et humain : la « négation » ainsi considérée a une valeur plus existentielle que celle que considère le logicien.
Le jugement, comme acte du sujet, est porteur de valeurs dynamiques : les modalités du doute, de l'attente, de la conviction, etc., qui sont exclues du langage de la vérité, sont pleinement présentes dans les styles concrets ou rhétoriques de l'expression. En outre, le jugement exerce une fonction pratique, il termine les débats par la phase qu'on appelle décision ou résolution : il est en quelque sorte le corrélatif intellectuel de l'acte volontaire. La pathologie du jugement, qui se manifeste dans les états d'irrésolution ou de confusion, est directement liée à la pathologie de la personnalité.
Ces fonctions du jugement, qui relèvent de la sphère des évaluations, des décisions, de celle des opinions et de leur échange, ouvrent des perspectives axiologiques à son étude. Une manière historique et positive de reconnaître la persistance et la mutation des valeurs dans les groupes humains consiste à examiner la formulation des jugements d'ordre esthétique, moral ou juridique. On a pu se proposer l'examen de la nature des « jugements de valeur », qui ne portent pas sur la corrélation ou sur le conditionnement des faits, mais plutôt qui rapportent une situation de fait à une norme ou à un ordre préétablis. Dans un argument pratique, il s'agit de justifier une décision et non de déterminer un effet : la conclusion précède d'une certaine manière les prémisses, et l'examen porte sur l'opportunité ou la légitimité de la décision, sur l'accord ou le désaccord des opinions, sur les précédents favorables ou défavorables : dans les cas axiologiques, le jugement est option motivée plutôt que position nécessitée.
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