2. L'analyse logique du jugement
L'analyse du jugement s'est précisée au cours de l'histoire à travers une explicitation de sa structure propositionnelle. Ébauchée, d'une manière fondatrice mais incomplète, par Aristote, elle a été complétée et repensée par les écoles ultérieures. Aristote voit dans le jugement (l'ἀπόϕαυσις) la structure intermédiaire entre celle des concepts, qui sont ses composantes, et celle du raisonnement, qui est une ordonnance de jugement servant de prémisses et de conclusions. Cette conception du jugement comme relation entre les concepts explique le privilège qu'il accorde à la « forme catégorique », où le terme qui a la fonction de sujet et celui qui fait fonction de prédicat sont unis par la copule est, sur laquelle tombent les qualités de l'affirmation ou de la négation et les modalités du possible ou du nécessaire. Mais l'adoption de cette forme engage aussi toute une conception du discours démonstratif, qui, selon la logique d'Aristote, développe les propriétés de la substance en suivant l'ordre des propriétés essentielles et des propriétés secondes dépendantes des premières. Le jugement, comme apophansis, est littéralement le développement du contenu des concepts et l'attestation d'une liaison ontologique désignée par la copule.
Avec la logique stoïcienne, l'analyse progresse vers des vues plus modernes. Le jugement (ἀξίωμα) est interprété, à l'intérieur d'une doctrine du langage, comme interconnexion des signes et liaison de ceux-ci avec les objets signifiés. La partie « catégorématique » de la proposition, qui peut être verbale (dans « X se promène ») aussi bien que nominale (dans « X est un tyran »), se détache de la partie référentielle, qui concerne les individus (« Dion se promène ») ou les collections d'individus qui sont affectés par le prédicat. D'autre part, la connexion des signes catégoriels introduit des jugements complexes, synthèses de jugements élémentaires, tel : « X est P ou X est Q » et « si X est P, alors X est Q. » La forme […]
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