2. La question du pouvoir
La question politique – celle des formes de lutte contre le pouvoir dominant – est abordée dans The Psychic Life of Power (1997), et dans Excitable Speach : a Politics of The Performative (1996). Inspirée entre autres par Foucault et Althusser, Judith Butler souligne que le pouvoir est à la fois, et de manière indiscernable, ce qui nous constitue et ce à quoi nous nous opposons. Ce n'est pas hors de son assignation mais à partir de celle-ci – « à partir du nom que l'on nous donne » – que s'affirme une liberté qui n'est jamais pure.
Cette pensée, formée dans le creuset de la question du genre à partir de l'angle d'approche des sexualités, ne cesse de se complexifier et de se développer dans une large confrontation avec la psychanalyse et la philosophie. Identifiée aux États-Unis comme penseur relevant de la French Theory, Judith Butler s'étonne d'apparaître en Europe comme « américaine » alors que tous les auteurs dont elle s'inspire sont soit français, soit des penseurs avec lesquels débat la scène française : Althusser, Foucault, Lacan, Lévi-Strauss, voire Derrida, de même que Freud, Nietzsche ou Hegel. Peut-être est-ce parce que dans ce cortège « le spectre de Marx » s'est évanoui tandis qu'apparaît en filigrane celui de J. L. Austin : « quand dire c'est faire », même si « l'acte de discours est un acte corporel », ainsi que le précise Judith Butler.
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