2. Les exégèses
La somme des études accumulées sur le Libro est considérable ; on doit à G. B. Gybbon-Monypenny un recensement et une brève analyse des plus importantes.
Une première époque à dominante « historiciste » a voulu voir dans cet ouvrage la transcription de la vie de son auteur. La trace en subsiste dans les opinions sur la « prison » dont parle le poète : s'agit-il d'un épisode réel (prison ecclésiastique, où il aurait pris place par ordre de son archevêque), ou bien d'une métaphorique perte de liberté ? Parle-t-il de ce bas monde, ou fait-il allusion à l'au-delà ? Nombre de critiques parmi lesquels M. R. Lida de Malkiel et Dámaso Alonso se sont exprimés sur ce sujet de façon contradictoire, et même polémique.
La parution des Recherches sur le Libro de buen amor de F. Lecoy marque une date importante. Cette thèse, dont la valeur reste intacte, s'intéresse d'abord à « la tradition du texte », elle analyse ensuite « les sources du poème » (fables, contes), les « développements moraux et théologiques », « l'inspiration goliardique » (parodie de l'office, toute-puissance de l'argent, etc.), triomphe de l'Amour avec l'épisode de Carnage et Carême, et « l'inspiration ovidienne » : l'art d'aimer et le Pamphilus. Ces éléments si divers confèrent au Libro une saisissante singularité, mais l'unité de l'ouvrage peut être néanmoins clairement perçue dans la perspective établie par A. Castro. D'après cet auteur, Juan Ruiz s'est servi de techniques orientales, à la manière des maîtres de l'art mudéjare, qui employaient des principes structuraux et décoratifs arabes dans l'architecture chrétienne : il a mis des contes à l'intérieur d'un conte (principe dit de « l'arc lobé »), les organisant autour d'un personnage central qui n'est autre que l'auteur lui-même. Le modèle de son récit est celui des maqāma arabes qui montrent au premier plan un luron – rhétoricien, poète, grammairien –, lequel, sans les mettre en œuvre, prône la dévotion et la vertu en racontant ses propres aventure […]
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