3. Caractères du théâtre
Quoique fidèle, dans ses grandes lignes, aux normes imposées à la comedia par Lope de Vega (codifiées dans son Arte nuevo de hacer comedias en este tiempo, 1609), le théâtre d'Alarcón se caractérise par une exubérance beaucoup moins grande de l'imagination, de l'improvisation et de la fantaisie. La sobriété, le bon goût, une plus grande finesse de l'analyse psychologique, une attention plus tournée vers les aspects de la vie quotidienne, un sens aigu de la dignité des types humains mis en scène, une tendance moralisatrice et satirique, une grande délicatesse des sentiments sont les marques de son univers dramatique. Cette qualité à la fois artistique et humaine de l'inspiration d'Alarcón ne pouvait que surprendre et peut-être même rebuter le public des corrales, soulevé d'admiration éperdue par le foisonnement démesuré de l'imagination de Lope. Par son sens de la mesure, de l'équilibre, de la litote, par son exigence de rigueur dans la construction dramatique, le théâtre d'Alarcón se rapprochait de la tragédie française. À mi-chemin entre l'univers dramatique mouvementé et bouillonnant de vie de Lope de Vega et l'univers dramatique pétri d'intelligence et de froide logique de Calderón, le théâtre d'Alarcón représente une modalité bien particulière du drame espagnol au xviie siècle, faite de réserve, de demi-teintes, de secrètes pudeurs et de délicates nuances de l'émotion.
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