2. Une double célébrité
À la mort de l'écrivain, Pellicer écrivit dans ses Avisos históricos : « Mort de Juan de Alarcón, poète aussi fameux par ses comedias que par ses bosses... » Le poète en effet souffrait d'une malformation qui le rendait doublement bossu, par-devant et par-derrière. Il est « matelassé de melons », disait méchamment Luis Vélez de Guevara. « Don Cocombre de Alarcón, un poète entre deux assiettes », renchérissait Tirso de Molina. Sa gibbosité fut la cible la plus férocement visée par les envieux ou par ses ennemis, en une époque où la satire faisait flèche de tout bois. On le compara à une guenon, à un nabot, à un embryon, à un diablotin, à un chameau. Et ces aménités lui étaient décernées par des écrivains renommés. Nul doute que sa sensibilité n'ait été durement meurtrie par ces attaques, nul doute que sa carrière n'ait été entravée par son aspect disgracieux.
À ces blessures du corps et de l'âme, Alarcón répondit par l'affirmation orgueilleuse de sa valeur personnelle et de ses nobles origines, tout en recherchant la faveur des grands. Il y gagna aussi une sensibilité exacerbée, une intuition psychologique aiguë en même temps qu'une amertume désabusée et une lucidité pénétrante, qui donnent à son œuvre dramatique ses tonalités particulières.
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