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JIMÉNEZ JUAN RAMÓN (1881-1958)

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4.  L'étape métaphysique

Le vœu que Jiménez exprimait en 1911 semble maintenant s'accomplir :

Je voudrais m'arrêter
En chaque chose belle
Jusqu'à mourir en elle.
... Et avec elle
En l'éternel renaître.

La Estación total (avec les Canciones de la nueva luz), publiée en 1946, et qui rassemble des pièces écrites de 1923 à 1936, rend compte d'une expérience quasi mystique d'union avec le monde. Mais cette échappée hors du temps et de l'espace, cette extase que le génie de Jiménez n'a jamais cessé, désespérément, de vouloir, finit enfin par se réaliser. Animal de fondo (1949, Animal de fond), repris sous le titre définitif de Dios deseado y deseante (Dieu désiré et désirant), est le livre de l'épanouissement lumineux de l'ardeur lyrique dans la rencontre avec ce dieu impersonnel que le poète avait tant harcelé par les mots. « Aujourd'hui, disait-il à la fin de sa vie, je pense que ce n'est pas en vain que j'ai travaillé en Dieu... » La Tercera Antolojía poética (1957) illustre la même quête spirituelle dans l'union toujours pressentie et toujours fuyante de la parole et de la transcendance.

L'influence de Jiménez fut capitale sur la génération dite de 1927. Plus qu'un art poétique à l'usage de « l'immense minorité », ces poètes (Salinas, Guillén, Gerardo Diego, Dámaso Alonso, Alberti, Lorca) ont appris de lui que la poésie est la vocation la plus irrésistible de l'âme, que « toute poésie – selon le mot de Dámaso Alonso – est religieuse ».

À l'œuvre poétique considérable de Jiménez, il faudrait ajouter encore quelques volumes de prose qui montrent la diversité de ses dons et de ses préoccupations. Outre des traductions et une importante correspondance, plusieurs genres sont représentés ; la prose lyrique : Platero y yo (1914, Platero et moi), La Colina de los chopos (1914, La Colline des peupliers) ; le portrait ironique : Españoles de tres mundos (1942) ; l'essai critique ou la conférence : El Trabajo gustoso (1961, Le Travail plaisant), El Modernismo (1953), La Corriente infinita (1961, Le Courant infini), Por el cristal amarillo (1961, À travers le cristal jaune)... Ces œuvres, malgré leur variété, témoignent toutes de ce souci de perfection que Jiménez s'efforçait d'atteindre, selon le mot de Goethe qu'il aimait citer : « Comme l'astre, sans précipitation et sans repos... »

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