L'Espagnol Juan Marsé commence sa carrière littéraire à la fin des années 1950, à une époque où la tendance est encore au réalisme social. Son premier roman, Encerrados con un solo juguete (1961, Enfermés avec un seul jouet), est effectivement un portrait objectif et assez froid d'une jeunesse bourgeoise (celle de Barcelone sa ville natale) privée d'idéaux au lendemain de la guerre civile. Il abandonne assez rapidement cette tendance objectiviste pour adopter, notamment avec Ultimas tardes con Teresa (1965, Dernières soirées avec Thérèse) et La Oscura Historia de la prima Montse (1970, L'Obscure Histoire de la cousine Montse), une technique plus ambitieuse et un ton plus personnel, où l'on sent percer de l'ironie et une certaine volonté de distance par rapport à la réalité évoquée.
De toute évidence, l'écriture est d'abord chez Juan Marsé un moyen de surmonter les difficultés d'une jeunesse particulièrement tourmentée. Avant d'être admis dans le monde des lettres et, suprême consécration, d'être reconnu par l'intelligentsia barcelonaise, il a dû en effet exercer divers métiers : ouvrier en orfèvrerie, garçon de laboratoire, traducteur de scénarios, etc. Il publie régulièrement dans des revues de chroniques satiriques dont la verve tranche déjà sur le sérieux des premiers récits. Elles seront publiées sous les titres de Señores y Señoras (1975, Mesdames et Messieurs) et surtout Confidencias de un chorizo (1977, Les confidences d'un loubard).
Sa maturité d'écrivain éclate en 1973, avec le succès de Si te dicen que caí... (Adieu l'amour, adieu la vie...), un remarquable roman à la technique très élaborée. Soucieux de ne plus se laisser enfermer dans les significations par trop univoques de ses premiers récits, Marsé donne désormais de la réalité (de sa réalité) une image éclatée, insaisissable mais extrêmement riche et attachante. Si cette réalité est devenue difficile à identifier, tant s'y mêlent indistinctement affabulation et « vérité », il s'agit encore et toujours de Barcelone, la […]
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