4. La réforme politique et sociale
Partisan de l'égalité et même de la souveraineté populaire, Vives est souvent intervenu auprès de Henry VIII, de Charles Quint, du pape Adrien, de l'inquisiteur Manrique, etc., pour obtenir la paix entre les peuples. Dénonciateur des nouvelles armes (les bombardes) et du militarisme, ce fut un pacifiste intégral, qui prêcha à ses contemporains le refus de l'orgueil et de la cupidité, principaux fauteurs de guerre. Dans le De subventione pauperum, il s'avère un penseur socialiste avant la lettre ; soucieux de la laïcisation de la bienfaisance, il recommande des ateliers publics pour donner du travail aux indigents, au lieu de les abandonner à la mendicité et à la charité des couvents. Les accapareurs sont vigoureusement fustigés, ainsi que le culte de l'argent ; la propriété collective est l'objet d'une évocation nostalgique. Ici, encore, le penseur espagnol fit école (cf. le règlement d'Ypres et des autres villes flamandes).
En dernière analyse, le généreux éclectisme de Vives (qui s'alimente de platonisme, de stoïcisme et d'augustinisme) apparaît issu d'un ressourcement chrétien authentique, dans le sillage de l'érasmisme (comme l'a souligné Marcel Bataillon). Le De veritate fidei christianae donne, sans doute, la clef de sa pensée : cette apologie du catholicisme révèle un certain sens de la tolérance, dans ses exposés sur Israël et l'islam, mais surtout un message ardent d'intériorité spirituelle, qui sera le legs du vivisme à toute la tradition de la philosophie hispanique.
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