3. La rénovation psychologique et pédagogique
Après avoir ainsi taillé dans le vif, Vives recoud sur un patron tout neuf. Il propose une psychologie expérientielle, en rupture complète avec la psychologie métaphysique et substantialiste. Il a, de la sorte, analysé, de façon déjà assez scientifique, la mémoire et l'association des idées, élaboré une curieuse théorie des « anticipations naturelles » et du jugement, qui sera par la suite développée par les Écossais et par l'école catalane du sentit comú ; il a également présenté une interprétation fort personnelle de l'ingenium, c'est-à-dire du talent mental, dont il discerne les variétés (classification reprise plus tard, par Huarte, dans son Examen de ingenios) ; sur un autre plan, il a scruté tout l'éventail des passions et Mme G. Rodis-Lewis a montré que le Traité des passions composé par Descartes devait beaucoup à cette puissante description. Sur de telles bases, Vives a échafaudé toute une réforme de la pédagogie, qui fait l'objet du monumental traité De disciplinis, où se trouvent passées systématiquement en revue toutes les sciences. Prônant la démocratisation de la culture, il a édicté les règles indispensables à la formation des écoles : endroit salubre mais assez austère, relativement isolé et loin des frontières ; bonne alimentation ; professeurs dévoués, convenablement rémunérés ; examens périodiques des aptitudes et des résultats ; expériences variées (leçons de choses, jeux, recyclage) ; enfin effort pour l'apprentissage des langues. On doit pourvoir les femmes d'une éducation intellectuelle et morale très raffinée (Fénelon, Mme de Maintenon et Mme de Rémusat ont conservé les directives de Vives, sur ce point). Les Dialogues, dont la pertinence ne le cède en rien à l'enjouement, sont l'une des sources de Montaigne, des pédagogues anglais comme Ascham et Mulcaster ou Locke, du Tchèque Comenius, des Jésuites et des maîtres de Coïmbre.
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